1. L'Ange Gardien

    30 mars 20263 minutes

    Une écolière entre dans une petite pièce vide où il n'y a qu'une chaise d'église et un immense écran. Elle s'assied bien droite et met l'écran en route. Un ange, asexué comme il se doit, muni de grandes ailes soyeuses et colorées apparait et parle d'une voix séraphique : - Bonsoir Coralie, comment s'est passée ta journée ? - (réticente) Bien, elle s'est bien passée. - Hum, tu es arrivée en retard ce matin. - De quelques minutes à peine ! - (pontifiant) Allons tu sais bien que l'exactitude est importante et que la ponctualité est une grande qualité. J'ai mesuré ton retard, il est exactement de ' minutes et vingt-six secondes. Je te propose de réciter quatre "je vous salue Marie", je te fais grâce des vingt-six secondes. La jeune fille se lève et lit la prière qui défile à l'écran quatre fois de suite comme un curieux karaoké religieux. Elle s'apprête à sortir. L'ange réapparait. - Coralie n'as-tu rien d'autre à me dire ? - (se rassoit, hésitante) J'ai été ponctuelle à mes autres cours et j'ai eu  dix-huit à mon contrôle de mathématiques... - Certes, mais tu as bousculé Héloïse dans la queue de la cantine, tu ne t'en souviens pas ? - Pas vraiment bousculée ! Elle s'est arrêtée brusquement, cela m'a surpris. - Mais tu ne t'es pas excusée. - Elle non plus ! - La conduite d' Héloïse concerne l'ange gardien d'Héloïse. Tu aurais dû t'excuser. - (indignée) Mais on n'a pas le droit de parler ni dans les couloirs, ni dans les files d'attente ! J'ai pensé qu'il valait mieux ne rien dire. - (imperturbable) Voilà exactement pourquoi je reste à tes côtés. Mon rôle d'Ange Gardien et de te garder dans le droit chemin et de t'éviter les erreurs. Ici l'attitude attendue était que tu sois assez attentive à ton environnement pour éviter Héloïse. Tu n'y a pas réussi, tu devras donc réciter un "Notre Père". Si tu t'étais excusée, je t'aurais demandé une minute de silence pour avoir parlé. Comme tu ne t'es pas excusée, tu vas le faire maintenant par écrit. Coralie se relève et récite le Notre Père qui défile puis se rapproche de l'écran alors qu'un clavier émerge à gauche de l'écran et qu'un formulaire d'excuses standard s'affiche. Elle remplace le champ "personne offensée" par Héloïse et "personne repentante" par Coralie puis clique sur la touche "Envoyer". Elle recule d'un pas et reste hésitante en attendant le retour de l'ange. - A-t-on terminé ? - Presque, il ne reste à traiter que ta note de contrôle. un temps de silence - Je ne comprends pas. - Je vais te faire réécouter l'enregistrement : " et j'ai eu  dix-huit à mon contrôle de mathématiques". Tu entends l'orgueil dans ta voix ? Tu n'as pas à te glorifier de tes résultats. Je vais demander à ton professeur de baisser te note à seize pour raison d'humilité. Nous avons terminé, tu peux partir. Coralie baisse la tête pour ne pas croiser l'objectif de la caméra, elle éteint l'écran et sort. Un temps, la pièce reste vide et silencieuse puis une autre élève entre, s'assied et allume l'écran. Un ange quasiment semblable au précédent, seules les couleurs des ailes ont changé, s'affiche. La même voix aux mêmes intonations prononce : - Bonsoir Héloïse, comment s'est passée ta journée ?

    1. Atelier
    2. Science-Fiction
    3. UOV
  2. Ce jour là

    16 mars 20263 minutes

    J'aime le calme et le silence et que tout soit à sa place. Mon appartement est petit et efficace, les rangements nombreux, les bibelots rares. D'aucuns diront minimaliste. Un canapé confortable mais pas de coussin ; une cuisine bien équipée mais aucun ustensile apparent. Pourtant j'aima recevoir ! La table est alors tirée au cordeau sur une nappe unie ; le menu réfléchi, organisé en fonction des saisons et des temps de cuisson. Je dois avouer que mon moment préféré est, après le départ de mes hôtes, le retour à l'ordre initial en éliminant le chaos des serviettes froissées et de la vaisselle sale. Quelle satisfaction quand tout est redevenu sobre et où le silence feutré n'est plus perturbé que par le ronronnement des appareils ménagers éliminant les derniers vestiges d'agitation. Je suis comptable, un métier où la précision et la rigueur me conviennent à merveille. Mes amis se moquent gentiment de moi et prétendent que je ne pourrais pas survivre à une relation amoureuse. Ils n'ont pas tout à fait tort, j'ai connu mon lots d'aventures mais, en effet, sans jamais m'impliquer complètement et sans jamais envisager la moindre vie commune ! J'aime être seul. Ma mère est morte à ma naissance et mon père, militaire de carrière, m'entrainait au gré de ses pérégrinations. Vivre en caserne a sûrement été formateur. Les fêtes bien arrosées dans tel ou tel mess, m'insupportaient et je me réfugiais dans les bureaux désertés et bien rangés : pas un papier visible. Du fait du nombre d'affectations à l'étranger, l'essentiel de mes études a été effectué par correspondance. Je me souviens d'un ou deux pays d'Afrique où je ne pouvais pas quitter les bâtiments, pour raison de sécurité et cette réclusion me satisfaisait. Le poste de mon père que j'ai préféré était au Laos. les gens y sont souriants,  discrets et silencieux. Par contre, je trouvais tout à fait superflus les bouquets somptueux et parfumés dont notre boy décorait toutes les pièces. Je simulai une allergie avec force éternuements et réussis à convaincre mon père de les faire enlever. Pendant toutes ces années, je subodorais que mon père était un vrai séducteur et qu'il utilisait mon existence pour maintenir une certaine distance avec ses différentes conquêtes. Le changement fréquent d'affectation, outre un avancement bienvenu, facilitait aussi la clôture de certains chapitres. Enfin, quand l'heure de la retraite de mon père a sonné, il s'est installé dans un petit pavillon de banlieue où je finis ma dernière année d'études. Il s'investit dans la vie du quartier comme il l'avait fait dans chacune des casernes et tomba assez vit amoureux d'une veuve, certainement charmante, mais nantie de trois effroyables ados bruyants et chahuteurs. Un dimanche, tous les quatre emménagèrent chez mon père. Ce jour-là, j'ai préféré partir.

    1. Atelier
    2. UOV
  3. Almanach - 14 juillet - Biographie

    14 mars 20262 minutes

    Gaspard Martin n'est connu que de quelques spécialistes de la Révolution Française. Il vivait tout près de Paris et avait le métier méconnu de sablier officiel des prisons royales. En effet c'est lui qui avait la lourde responsabilité de mesurer les temps de visite des prisonniers de la Bastille. On dit qu'il avait une grande collection de sabliers de différentes durées (on peut en voir deux au musée des Arts et Métiers et, curieusement, un au château d'Angers). Evidemment, moyennant finances, le visiteur choisissait le sablier qu'il voulait utiliser. Une rumeur persistante prétend qu'il existait un sablier horizontal utilisé pour les visites féminines. Gaspard Martin est décédé le 14 juillet 1789, probablement tué par un ancien détenu. Il a été retrouvé le crane défoncé, recouvert de sable et d'éclats de verre.

    1. Atelier
  4. Almanach - 14 juillet

    14 mars 20262 minutes

    J'étais instituteur, au début du vingtième siècle et pendant quelques années j'ai enseigné dans un petit village agricole où il ne se passait rien et où les gamins ne s'intéressaient qu'aux travaux de la ferme. Quand aux filles, on ne les voyait pas ! Découragé, je demandai ma mutation pour l'outre mer. Je fus nommé à la Martinique. Quel changement ! Je logeais dans une paillotte et l'école était  à ciel ouverte. Pas plus de filles qu'en métropole, par contre les garçons étaient joyeux, curieux,. Ils se moquaient de mon "accent" et au début j'avais bien du mal à les comprendre : les leçons de lecture prenaient souvent l'allure de cours de prononciation et, de leur côté, ils tentaient de m'apprendre le créole : que de fous rires ! La Marseillaise prenait des airs de biguine et ils ne savaient pas chanter sans danser. Chaque année j'avais mon lot de Toussaint, Noël et FetNat du fait de l'habitude de nommer les enfants avec le saint du jour ou du moins ce qui était imprimé sur l'almanach ! Je suis né un 14 juillet au bal des pompiers. Ma mère aimait tellement danser ! Au moins, il y avait suffisamment de pompiers pour s'occuper de l'accouchement et de ma mère. Moi on m'oublia dans l'étui de la grosse caisse. Imaginez la surprise du musicien ! Comme il n'a pas retrouvé ma mère, il m'a élevé. Evidemment pour chacun de mes anniversaires j'avais des parades, des flonflons et un feu d'artifice. J'avais cinq ans quand l'une des fusées a mis le feu à une grange et provoqua une telle panique que je me retrouvais seul, perdu et pas de musicien à l'horizon cette fois-ci. Je fus envoyé dans une institution militaire et dès mes huit ans je défilais fièrement à chaque quatorze juillet, encore persuadé que cette fête était en mon honneur. A seize ans, je m'engageai dans la marine et parcourrai le monde. A l'étranger, évidemment, personne ne fêtait le quatorze juillet alors qu'au contraire, sur le bateau, pour porter les valeurs de la France, on mettait en place toute une cérémonie, je continuais donc à profiter d'anniversaires grandioses. Jusqu'au jour où un artificier maladroit coula notre frégate ! Blessé, je fus rapatrié en France à l'hôpital de la Bastille !

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  5. Papier interdit

    14 février 20262 minutes

    Mes arrière-petits-enfants sont venus à l'improviste. Ils commencent par m'embrasser puis l'un vérifie le contenu du réfrigérateur pendant que l'autre ouvre chaque placard. Apparemment ils ont été prévenu par le réfrigérateur connecté ! Ce dernier ayant constaté la rareté des aliments a envoyé une alerte : c'est beau le progrès. Evidemment, à mon âge, aller faire les courses est toute une expédition. Mais, me rétorquent-ils d'une même voix, plus personne  ne fait ses courses. On commande par internet. Tu as toujours ton téléphone ? Celui qu'on ta offert à Noël ? Oui, bien sûr… Quand à savoir où il est… Je sors d'un tiroir la liste des achats que j'envisage dans un futur plus ou moins proche. Aussitôt ils sur réagissent : Mémé c'est hors la loi le papier, tu sais bien ! Tu en as d'autres ? Je nie avec énergie, pas question qu'ils m'enlèvent les quelques feuilles qui me restent. A force de fouiller partout Eric retrouve le téléphone, à plat. Ils ne sont pas contents du tout. Evelyne peine à lire mon écriture Depuis quand n'a-t-elle pas vu une écriture cursive ?  Si toutefois elle en a déjà vu une !

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  6. Zut j'ai oublié le papier cadeau

    14 février 20262 minutes

    Zut, j'ai oublié le papier cadeau ! C'est ballot parce que je devais l'amener pour tout le monde. Je revois encore les différents rouleaux posés dans l'entrée : celui avec les pères Noël qui dansaient, celui avec les bonshommes de neige de toute taille et toute forme et celui avec les rennes avec et sans nez rouge. Je suis mortifiée. Il est, hélas, inenvisageable de retourner les chercher à plus de trois cents kilomètres. Pour un peu j'en pleurerais ! Bon les cadeaux, nus, attendent près de la cheminée. Que faire ? Soudain j'avise, à côté de l'âtre, la pile de vieux journaux destinés à embraser le feu. Eh bien soit, on dira que c'est exprès, que c'est écologique. Je choisis soigneusement les articles ou les unes pour chacun : "Visite du Père Noël dans les écoles" pour le jeune Charles, "Vos meilleures recettes de bûches" pour Valérie responsable des desserts du Réveillon, "Veillée des contes de nos campagnes" pour Papy... Finalement je m'amuse beaucoup et le résultat pour étonnant qu'il soit, n'est pas si vilain.

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  7. Secret Santa

    14 février 20262 minutes

    Cette année le Secret Santa m'a réservé une drôle de surprise. Bien emballé dans un papier cadeau bleu nuit étoilé d'or, une petite boite en carton blanc et, dans cette boite, un aller-retour pour Luanda, capitale de l'Angola ! Après les exclamations convenues et les remerciements anonymes, je me suis rapproché d'Amir, notre collègue angolais et, effectivement, c'était bien lui l'auteur de ce cadeau extraordinaire. Il est d'usage d'utiliser un budget raisonnable bien en-dessous du prix d'un billet d'avion.  Il m'a rassuré tout de suite, il n'a pas dépassé les limites, il a utilisé ses points de fidélité. Il était vraiment ravi de pouvoir me faire découvrir son pays et sa famille, car, bien sûr, le cadeau comprenait l'hébergement chez ses parents. J'étais très embarrassé mais difficile de refuser. Amir m'a aidé à obtenir le visa et il devait me rejoindre quelques jours plus tard. Donc, début février, j'embarquais seul à Charles de Gaulle pour cette contrée inconnue. A l'atterrissage, l dépaysement étai au rendez-vous, je devais être l'unique blanc de tout l'aéroport ! Ah non, une famille de quatre là-bas, prise en charge par un ranger noir et s'éloignant en quatre-quatre. Un homme distingué portait une pancarte à mon nom. Je me dirigeais vers lui avec un sourire un peu timide. Je ne parle pas un mot d'angolais (ou devrais-je dire de portugais ?) mais heureusement le père d'Amir parlait suffisamment anglais pour des échanges polis et pragmatiques. Dans une belle voiture climatisée, conduite par un chauffeur stylé, nous traversâmes des bidonvilles sordides avant d'atteindre une grande ville moderne à l'occidentale. Henrique, le père d'Amir portait un prénom reflet de la colonisation portugaise, se fit guide pour m'indiquer la promenade en bord d'océan, portant le nom de Marginal, qui longe la baie de Luanda. À proximité il me fit remarquer la forteresse de São Miguel, un édifice bien conservé datant du XVIe siècle et abritant aujourd'hui le musée des Forces armées et me recommanda l'île de Luanda, une longue et étroite péninsule dans la baie parsemée de plages, de bars et de restaurants. Nous atteignirent enfin les quartiers pavillonnaires et la voiture pénétra dans une grande propriété privée. Mon hôte fit signe au chauffeur de prendre les bagages et m'entraîna dans un vaste jardin luxuriant et nous nous assîmes sur de confortables fauteuils en osier et nous sirotâmes un thé glacé dans un silence amical. Après les fatigues du voyage, je me détendais et ressentais une plénitude devant la nature exubérante de ce lieu.

    1. Atelier
  8. Ah ça alors

    09 février 20264 minutes

    Ah ça alors, je n'en crois pas mes yeux : la maison où j'ai grandi a été remplacée par un immense parking. J'en perds mes repères. Où était le jardin ? Le potager où nous avions l'interdiction de jouer ? La grange sombre, si fraîche en été ? Les carrosseries alignées brillent au soleil et, de ci de là, un rétroviseur lance un éclat de lumière, comme un clin d'œil, mais à qui ? Ce parking gigantesque est bien plus étendu que l'ancienne ferme de mes grands-parents, il englobe les champs et les bâtiments des deux plus proches voisins. Il est entièrement clôturé, sécurisé. Je vois les caméras disposées à intervalles régulier sur tout le périmètre. Au départ, garée sur le bord de la nationale, aux coordonnées exactes de l'entrée de la ferme, du moins si j'en crois mon GPS, c'est le silence qui me surprend le plus. Dans mes souvenirs des crissements d'insectes, des bruissements d'ailes, des voix plus ou moins lointaines, les aboiements d'un chien, un canard qui cancane. Aujourd'hui pas le plus petit bruit animal. En même temps je me mets à leur place, que feraient-ils ici où il n'y a pas le moindre petit brin de verdure. Ensuite, je reste hébétée derrière le grillage, cherchant, sans raison, une place libre dans ce quadrillage automobile. Il me semble qu'une place vacante romprait cette monotonie métallique, toute en nuances de gris, gris-bleu, gris-marron. La teinte la plus osée étant le blanc. Je savais, bien sûr, qu'une fois vendue, la ferme avait été rasée mais je ne m'étais pas rendu compte de la démesure et de la déshumanisation du lieu de tant de mes souvenirs d'enfance. Soudain un ronronnement régulier attire mon attention… en l'air. Un drone vient vers moi, une petite lumière verte clignote. Arrivé à un mètre, un mètre cinquante de moi, il descend à une altitude calculée pour que je sois obligée de lever la tête et il me parle. Evidemment ce n'est pas le drone qui m'interpelle, même si le choix d'une voix robotisée invite à le croire : "Cette zone est protégée, vous n'avez pas le droit de stationner ici. Veuillez remonter dans votre véhicule et poursuivre vote route". Comme ce discours est prononcé sans aucune intonation, c'est moi qui imagine qu'il est menaçant et c'est moi aussi qui invente un "sinon" dissuasif. Bon, je voulais voir ce qu'était devenue la vieille ferme, j(ai vu. Donc j'obtempère et reprends la route… lentement. Je longe cette "zone protégée" en roulant au pas toujours à la recherche d'un repère. Le drone est reparti, toujours en ronronnant. J'atteins ce qui semble être l'entrée du parking : un passage étroit entouré de chevaux de frise, deux cahutes de part et d'autre et une flopée de caméras. Un grand panneau lumineux clignote en rouge : "COMPLET", et un peu plus loin, plus grand et sans clignotement : "RESERVER VOS PLACES SUR WWW.UN.PARADIS.SUR.TERRE.COM". Je suis dégoutée, amère. La réalité virtuelle a gagné tant d'importance dans nos vies aujourd'hui que je suis seule sur cette route, seule dans ma vie et peut-être seule sur la Terre ! Je n'ai pas le temps de m'éloigner qu'u nuage de drones en formation fonce sur le parking et commence à détruire systématiquement les caméras et les voitures sur l'air des walkyries. Quelqu'un, quelque part, a un drôle de sens de l'humour. Le drone qui est venu me parler et ses potes ne font pas le poids. Je les entends répéter "Cette zone est protégée ..." avant d'exploser les uns après les autres. Les bruits d'explosions et celui des flammes ravageant les véhicules remplacent le silence oppressant de tout à l'heure, je ne me sens pas soulagée pour autant. Quand je vois une grosse boule orange embraser l'horizon, je comprends que ce site de UN.PARADIS.SUR.TERRE.COM a été détruit. Je suis partagée entre la tristesse des vies humaines détruites (mais ces accros de vie virtuelle sont-ils encore humains ?) et la joie de voir la toute puissance virtuelle mise à mal. Est-ce une organisation humaine rebelle qui a œuvré ou seulement un concurrent ? Je regarde les drones vainqueurs se regrouper et disparaitre vers l'est, je décide de les suivre.

    1. Atelier
    2. Science-Fiction
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  9. Mes combats

    26 janvier 20263 minutes

    Je suis révoltée, par nature dirait maman ! Toute petite déjà, je n'acceptais pas l'école. Moi, j'étais bien à la maison et je ne vois pas pourquoi je devais faire "comme tout le monde". C'est l'argument le moins convainquant que je connaisse : "comme tout le monde" ! Ensuite les règles d'orthographe me rebutaient, pas que je ne sache pas les apprendre (j'ai une excellente mémoire) ou les appliquer (ce n'est pas si compliqué) mais à nouveau la  principale raison d'être de l'orthographe, c'est la conformité ! Moi, je pense que si on peut lire ce que j'ai écrit, c'est bien suffisant. L'intérêt étymologique de tel ou tel mot ne me touche pas et d'ailleurs l'utilisation dans les sms ou les réseaux sociaux de "dsl" ou "mdr" me donne raison. Evidemment, mes études ont été...  diversifiées. Pour le fameux projet transverse du bac, j'avais choisi le cannabis. J'ai eu une bonne note malgré une réflexion sur le côté provocateur du sujet. Dans un premier temps, je me suis lancée dans des étude de droit. Bien sûr je voulais défendre les petits contre les gros, le pot de terre contre le pot de fer et combattre l'injustice partout où je la trouverai ! Quelle déception ! Dans ma promo d'une centaine de personnes, tellement d'entre eux étaient enfants d'avocats, de juges ou de notaires et résolument orientés vers le profit que ces professions pouvaient procure. Avec mes idées à la Erin Brockovich, j'étais si isolée. Alors j'ai abandonné avant que mon environnement ne me transforme.  J'ai attaqué en deuxième choix, un BTS de communication, en alternance. J'avais obtenu, pour la partie pratique, un stage chez Astrium côté lobbying. A nouveau que de déceptions dans ce monde feutré où les non dits s'accumulent. Les négociations sont tellement codées et travesties d'allusions ou de messages obscurs qu'à nouveau je ne savais plus où j'en étais et dans le même temps je cumulais les ruptures amoureuses : soit je trouvais mon compagnon trop timoré dans ses positions, soit c'est lui qui partait me reprochant d'être trop vindicatives. Je tins bon jusqu'à l'obtention de mon diplôme puis je changeai à nouveau de voie et partis pour une année aux USA comme jeune fille au pair. Les Etats-Unis me sont apparus comme un pays liberticide, la famille où j'étais, utilisait des caméras pour me surveiller avec les enfants ! J'ai demandé à changer de famille et je me suis retrouvée témoin de violences conjugales, à vrai dire c'est moi qui est composé le 911 ! L'organisme de gestion des jeunes filles au pair m'a rapatriée fissa en France. J'ai rencontré un handicapé de mon âge, nous avons vécu ensemble et je me suis mise à combattre les discriminations que subissent ces personnes mais c'est un combat à la David contre Goliath... sans lance-pierre ! Au final, il est parti aussi, mes combats incessants contre l'administration, ses employeurs et le manque d'équipements adaptés l'ont... fatigué. Comme il fallait bien trouver un emploi, j'ai repris mes études en free lance et j'ai obtenu un master en sociologie et le concours de professeur des écoles. J'ai délibérément choisi d'enseigner en REP, on obtient facilement ces postes qui ne sont pas demandés. Et maintenant je lutte tous les jours pour donner une chance aux élèves défavorisés auxquels j'enseigne. Je me retrouve à effectuer un signalement pour la DAS au moins une fois par an, mais j'ai vraiment l'impression d'être utile. Ce combat là, j'ai l'intention de le mener longtemps.

    1. Atelier
  10. Un exploit personnel

    12 janvier 20263 minutes

    Je vais mourir, comme mes frères et sœurs, de la tuberculose. Au moins moi j'aurais vécue et j'ai changé le monde ! Eux, ils sont morts encore enfants et n'ayant rien accompli. Je me souviens de leurs petites tombes au fond du jardin à l'orée de la forêt de sombres sapins. J'étais encore très jeune et, en fait, je me réjouissais de leurs morts qui, mathématiquement, augmentaient mes rations. Et puis, le prêtre ne cessait de répéter que c'était la volonté de Dieu et qu'au Paradis, ils avaient la meilleure part. Pourtant je n'étais pas pressé de les rejoindre ! Dès que je le pus je gagnais la ville et me liais aux étudiants, du moins entre les petits boulots à l'aube et au crépuscule qui me permettaient de survivre. Quels contrastes entre les taudis miteux infestés de rats et , quelques rues plus loin, le faste des palais des princes, ducs et archiducs ! A l'université, j'ai affuté mon esprit et j'ai rejoint un groupuscule qui prônait l'athéisme et une meilleure répartition des ressources, ce qui correspondait à mes convictions. J'avais réussi à trouver un emploi à l'opéra  : étendre une bâche de cuir sous les pied des belles dames pour que leurs souliers alambiqués restent immaculés. J'en ai vu de ces nobles d'apparat au sourire arrogant et à la posture impérieuse. Du fons de mon cachot à ciel ouvert, la fièvre combattant le froid glacial, je revois les robes vaporeuses, les fourrures moelleuses et les parures prestigieuses. Parfois, avec une condescendance insupportable, il ou elle me laissait une pièce mais le plus souvent ils ne me voyaient pas. Il fut facile de me convaincre que la violence était la solution et le meurtre un mal nécessaire. Notre organisation voulait profiter de ma proximité éphémère avec ce beau monde pour frapper un grand coup. Maintenant que j'ai passé quatre ans dans ce cul de basse fosse et que j'ai eu le temps de vivre et revivre cent fois les évènements, je comprends que nous avons été manipulés et que j'ai été sacrifié. Sinon, comment aurais-je eu aussi facilement accès à une arme à feu et suffisamment de munitions pour m'entraîner ? Et surtout comment a-t-il été possible, dans le ballet des portefaix, que ce soit justement moi qui soit pile devant ce noble là précisément ? La rage qui m'habitait alors ne s'est posée aucune question et j'ai tiré, Le les ai tué tous les deux, lui et sa femme. J'ignorais leur nom. Depuis, je sais, évidemment. Aujourd'hui encore, à l'article de la mort et convaincu que rien ne m'attend après, je persiste à être particulièrement fier d'avoir assassiné l'archiduc François-Ferdinand et sa femme Sophie. La guerre est devenue mondiale et nul n'en connait le dénouement. J'ai changé le monde !

    1. Atelier