Enfin !

16 septembre 20233 minutes

Enfin, nous partons pour l'aéroport ! Déjà deux fois, l'agence nous a appelé pour reporter la date d'arrivée ! La première fois une histoire de visa en retard (comprendre qu'un bakchich manquait quelque part ou n'avait pas été bien estimé…). La deuxième fois un vaccin devenu obligatoire pour l'entrée en France à cause du premier report ! Mais là, c'est aujourd'hui ! Nous sommes prêts, plutôt trois fois qu'une et nous sommes partis bien à l'heure. En fait nous étions si anxieux et nous avons prévu tant de marge sur la marge que nous sommes arrivés plus de deux heures en avance. Nous avons attendu dans le grand hall des arrivées, incapables de nous détendre. Les yeux fixés sur le tableau des horaires, redoutant jusqu'au dernier moment un retard supplémentaire !

Enfin, Vivianne, notre interlocutrice depuis les 6 ans que nous avons emprunté le sinueux chemin de l'adoption est arrivée en avance (une avance raisonnable de vingt minutes) et son bavardage professionnel et bienveillant nous a aidé à passer les dernières minutes. Viviane nous a emmené dans un petit salon privé, prévu à cet effet. Nous apprécions de ne pas être mêlés à la foule des voyageurs arrivant et de tous ceux venus les chercher. Malgré l'invitation répétée de nous asseoir, nous restons debout, tendus, face à la porte.

Enfin ! la porte s'ouvre et une hôtesse de l'air entre en tenant par la main un petit garçon. Notre petit garçon ! Elle est suivie de deux hommes en uniforme, à l'air sévère, qui s'interposent entre l'enfant et nous. Ils ne parlent pas français et nous tendent une liasse de papier de façon insistante, presque menaçante. Vivianne, qui a l'habitude, prend les choses (et les liasses) en main. Elle nous indique les bas de page et les cadres où nous devons signer. Elle trie les papier en deux exemplaires, l'un pour les douaniers qui s'en saisissent et disparaissent sans le moindre signe de politesse, et l'autre pour nous. Elle le garde en main en constatant que nous ne regardons que notre fils. L'hôtesse de l'air s'est éclipsée sans que nous ne nous en soyons aperçu. Vivianne s'est reculée discrètement dans un coin.

Enfin, nous sommes face à face. L'enfant nous regarde avec intensité et confiance, pas de crainte apparente mais pas de sourire non plus. S'il n'avait pas que trois ans, nous penserions qu'il est sur son quant-à-soi. Je m'accroupis pour être à sa hauteur et lui tend les bras. Un sourire hésitant aux lèvres, il s'avance. Il s'arrête à une courte distance et se concentre puis avec application et une prononciation hésitante, il nous déclare : "Bonjour, je m'appelle Mani. Je ne parle pas bien français. Je vous aime". Je le serre dans mes bras très fort, entre rires et larmes, je lui réponds "moi aussi je t'aime, moi aussi". Vivianne se racle doucement la gorge, il es temps de quitter cette pièce. Mon mari moins démonstratif est lui aussi très ému. Il prend Mani dans ses bras et lui demande : "tu viens voir ta nouvelle maison ?". Mani hoche la tête avec ravissement. Au moment de partir, je récupère les papiers officiels et cherche une valise ou un petit sac, mais non, il n'y a rien. Mani est venu avec seulement les vêtements qu'il a sur le dos. Comme j'ai hâte de lui montrer sa chambre, ses premiers jouets et ses premiers vêtements.

Pendant le trajet en voiture, Mani ne dit rien et regarde tout, il se tord le cou pour suivre des yeux un bus, une trottinette, une sortie d'école. A bout d'émotions il s'endort et nous arrivons à la maison.

Enfin

  1. Atelier

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    "Envoyez le cheval chercher les fleurs à l'épicerie" m'a demandé monsieur le curé. J'y suis allé mais ne suis jamais arrivé ! Au bord de la rivière un hippopotame a effrayé ma monture qui s'est cabré en hennissant ce qui a effrayé le pachyderme qui a sauté à l'eau dans un immense plouf ! La gerbe d'eau qui en a résulté, s'est irisée en un double arc-en-ciel et m'a copieusement arrosé ! Meurtri par ma chute, trempé , j'ai de plus reçu quelque chose dans l'œil. Je me suis alors adressé aux deux personnes sorties de leur plantation suite à toute cette agitation. - j'ai une poussière dans l'œil, pouvez-vous m'aider ? - Je vois l'univers entier dans votre pupille et les chevaliers de l'apocalypse qui arrivent au galop. s'écria la femme en tournant théâtralement la tête. Son fils s'approcha à me toucher et voulut écarter ma paupière de ses doigts sales. Je l'en empêchais vivement en retenant sa main ! Alors que mon cheval s'était calmé et s'abreuvait à la rivière sous l'œil rond et méfiant de l'hippopotame, les cris hystériques de la femme poussa l'un à s'enfuir et l'autre à plonger, m'éclaboussant derechef ! J'écartais avec colère ces deux individus si peu secourables et partis en boitillant à la recherche du cheval. Je voyais sa silhouette s'éloigner vers le coude de la rivière. J'hésitais sur la conduite à tenir quand un mouvement sur la rive m'alerta et je retournais vers la piste en courant pour m'éloigner du crocodile qui, heureusement, n'insista pas et se remit à chauffer au soleil. Me repérant aux termitières géantes qui balisaient le chemin telles des sentinelles, je marchais vers le village de l'épicier-fleuriste dans un état second. Les couleurs ondoyaient sous le soleil brouillant les formes. Des sortes de feu-follets bariolés m'entouraient dans une cacophonie de sons aigus sous tendus par un battement sourd et régulier. Je me résignais à échouer dans ma mission de ramener les fleurs en sentant que je devenais de plus en plus léger, jusqu'à m'envoler haut dans le ciel. De là je vis la procession qui attendait les fleurs et m'approchant je me retrouvais pile au-dessus des participants vêtus d'aubes au blanc éblouissant en contraste parfait avec leur peau noire. J'entendais les psaumes scandés à haute voix sur le rythme légèrement dissonant des tam-tam. Puis tout se dilua dans un silence profond et une nuit absolue. Avant que je ne m'inquiète de cette absence totale de sensation; l'ouïe me revint en identifiant des appels "Monsieur ? Monsieur ?" puis le toucher en sentant le sol dur et frais sous mon dos, l'odorat m'apporta des senteurs sucrées et enfin la vue me révéla des visages anxieux et compatissants. Une femme me tendit une demi noix de coco où je me désaltérais. Je n'avais aucune idée de l'endroit où j'étais et encore moins comment diable avais-je pu y arriver. Manifestement j'étais dans une case en paille or aucune de ces construction de sauvage n'était autorisée dans l'enceinte des villages coloniaux. Je ne pouvais qu'en déduire que je n'étais pas dans un village. Je voulu me lever mais la tête me tourna et perdis connaissance. Je me réveillais à nouveau, à l'ombre, le soleil aussi haut dans le ciel qu'à mon départ, mon cheval attaché à une branche et chargé de brassées de fleurs magnifiques et sauvages (en aucun cas en provenance d'un fleuriste) à deux pas du village quitté le matin même ?

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