Conférence UOV : Musée Jacquemart-André

13 février 20259 minutes

Edouard André naît le 13 décembre 1833 dans une famille de riches banquiers protestants originaire du Sud-Est de la France qui connut son apogée sous le Second Empire. A 18 ans, il entre à Saint-Cyr, dont il sort officier de l’un des régimes d’élite au service personnel de Napoléon III. Mais plus enclin aux fastes de la cour des Tuileries, il préfère démissionner. Il reprend en 1864 le siège de député de son père et décide alors de mener une vie très parisienne. En 1860, Edouard André débute sa collection avec de petites pièces d’orfèvrerie, de joaillerie, de céramique, des miniatures et des tapisseries. Il acquiert également des peintures des artistes de son époque tels que Delacroix, des peintres orientalistes et des paysagistes de l’école de Barbizon. Dès 1860, Napoléon III a confié au préfet Haussmann la réalisation d’un vaste plan d’urbanisme qui modifie profondément la physionomie de Paris : des quartiers sont détruits et des axes rectilignes sont tracés de la périphérie vers le centre. Sur le boulevard Haussmann nouvellement tracé, Edouard André achète un terrain pour se faire bâtir un hôtel. La construction est confiée à Henri Parent. Ce dernier, écarté de la construction du nouvel Opéra au profit de son confrère Charles Garnier, va se surpasser dans la conception de cet hôtel. Henri Parent réalise, de 1869 à 1876, une vaste et belle construction très inspirée des modèles classiques par son plan parfaitement symétrique et par le décor de ses façades. La construction est en retrait de l'alignement des façades du boulevard haussmannien, créant ainsi une rupture qui attire l’attention. En 1876, l’inauguration de l’hôtel est un événement : les invités découvrent la rampe à double révolution de l’escalier, son équilibre improbable et la somptuosité des matériaux qui le composent. Ils saluent ce monument comme ils ont salué le foyer de l’Opéra que vient de construire Charles Garnier.Edouard André décide de faire exécuter son portrait et fait alors appel à une jeune artiste déjà connue à la réputation de portraitiste à succès : Nélie Jacquemart.En 1881, Edouard et Nélie se marient, un mariage de raison, conclu entre deux êtres très différents, lui protestant bonapartiste, elle catholique vivant dans un milieu royaliste. Leur union se révèle très réussie. Restés sans enfants, ils se consacrent entièrement à leur œuvre commune : leur collection d’œuvres d’art.Edouard André s’éteint à l’âge de 60 ans, laissant sa femme désemparée. A cette disparition naturellement douloureuse, s’ajoute une situation qu’elle ne pouvait pas prévoir : un procès intenté par la famille de son mari pour récupérer sa fortune.Nélie décède le 15 mai 1912. L’hôtel particulier devient alors propriété de l’Institut de France, par un legs fait par sa propriétaire quelques mois plus tôt. Dans son testament, elle affirme son souci d’ouvrir les collections au plus large public pour enseigner à la foule des visiteurs.

L’Institut de France confie à Culturespaces la charge de valoriser et animer le patrimoine du Musée qui réouvre ses portes la même année. La société organise tous les ans deux grandes expositions temporaires.

Cet hôtel est conçu pour recevoir et pour servir d'écrin aux collections.

Le salon des peintures

Le salon des peintures est une antichambre, pièce de circulation qui précède le grand salon. Éclairée de l’extérieur par trois baies vitrées, il introduit progressivement le visiteur à l’intérieur des grands appartements. On suit d’un panneau à l’autre l’accrochage qui, selon la volonté d’Édouard André et de sa femme, fait alterner œuvres décoratives, dessus de portes, compositions mythologiques, natures mortes, paysages et portraits.

Boucher, Chardin, Canaletto, Nattier sont les artistes prestigieux qui ont été rassemblés dans le salon des peintures. Ils accueillent ici le visiteur, comme ils accueillaient déjà, il y a plus de 100 ans, les hôtes de Monsieur et Madame André, faisant de ce premier salon, une extraordinaire galerie de peintures. Édouard André et Nélie Jacquemart avaient une passion pour la peinture du XVIIIe siècle que la grande bourgeoisie redécouvrait après l'avoir longtemps jugée trop frivole.

Le grand salon

Après avoir attendu dans le salon des peintures, les invités découvraient ce grand salon, pièce de réception par excellence. C’est là qu’Édouard André accueillait ses invités. Lors de réceptions très importantes, il pouvait faire disparaitre les cloisons latérales au moyen de vérins hydrauliques pour réunir le salon des peintures, le grand salon et le salon de musique adjacent en un seul espace. Édouard André et Nélie Jacquemart pouvaient y recevoir un millier d'invités lors de fêtes somptueuses auxquelles se pressait le tout Paris de l'époque.

Ce salon se distingue des autres pièces par son plan semi-circulaire qui rappelle la préférence du XVIIIe siècle pour la courbe au détriment de la ligne droite. Sa décoration mêle des éléments du XVIIIe siècle à des éléments réalisés au moment de la construction de l’hôtel. Ainsi est composé un ensemble très harmonieux, typique de l'art décoratif qui se met en place à cette époque et fait coexister meubles, objets anciens et copies de style : c'est ce que l'on appelle l'éclectisme.

Pas de peintures ici mais une belle collection de bustes en marbre du XVIIIe siècle créant une galerie de sculptures. Les traits de personnages illustres y sont reconnaissables : des hommes politiques mais aussi des artistes célèbres taillés par des sculpteurs de talent : Coysevox, Lemoyne, Houdon et Michel-Ange Slodtz.

Le salon de musique

Le salon de musique est l'autre grande pièce de réception. Ce salon est typique du Second Empire avec ses murs tendus de rouge et ses meubles en bois foncé. Les peintures qui ornent la pièce ont souvent changé, en fonction de l’accroissement de la collection. Elles nous ramènent au XVIIIe siècle français avec des œuvres d'Hubert Robert, de Fragonard ou encore des portraits de Perronneau.

La peinture du plafond est signée par un des peintres décorateurs les plus recherchés de l'époque, Pierre-Victor Galland. Il a représenté un Apollon protecteur des arts. Ainsi, le dieu des Arts et de la Musique préside aux destinées de cette maison.

La salle à manger

L’importance de cette salle dans la vie quotidienne de l’hôtel particulier se mesure à l’ampleur de ses dimensions et à la qualité de son décor. Sur le pourtour, une série de consoles Louis XV en bois sculpté et dorés servent de dessertes, tandis que le buste de Madame trône sur le manteau de cheminée. Au-dessus, cinq tapisseries de la tenture d’Achille, tissées à Bruxelles au XVIIIe siècle, racontent les aventures du héros de la Guerre de Troie. La fraicheur de leur coloris est remarquable.

L’élément le plus surprenant est la fresque installée au plafond : œuvre de Giambattista Tiepolo, elle provient, comme celle de l’escalier, de la Villa Contarini à Mira. Malgré son sujet, la Renommée annonçant dans les airs la visite d’Henri III, les effets de trompe-l’œil, les personnages accoudés, le singe dont la queue pend par-dessus la voussure, lui confèrent un air de comédie. Le peintre lui-même semble s’être figuré et se penche par-dessus la balustrade pour saluer le visiteur.

Le jardin d'hiver

Le jardin d’hiver est caractéristique de l’art de recevoir qui se développe sous le règne de Napoléon III. Venue de Grande-Bretagne, cette innovation connaît un grand succès. Elle consiste à disposer, sous le couvert d’une verrière, des plantes en pots, le plus souvent exotiques. Cet espace végétal permet aux invités de venir se reposer un instant dans un cadre plus rafraîchissant que les étouffants salons voisins. Ce vestibule pavé de marbre, aux murs revêtus de miroirs, donne accès au très étonnant escalier à double révolution. Les sculptures qui le décorent en font une galerie d'antiques. Mais les plantes qui le garnissent rappellent que cette pièce a d'abord été un jardin d'hiver, inondé par la lumière que diffuse la verrière.

Au moment de l'inauguration de l'hôtel, c'est la pièce qui frappe le plus les contemporains. La revue L'Illustration en rend compte en 1876 : "La merveille de ce palais merveilleux était sans conteste le jardin d'hiver [...] Nos grandes élégantes s'y étaient réfugiées pour éviter la foule. De semblables somptuosités ne sauraient être permises qu'à un souverain ou à un banquier ".

L'escalier

La prouesse architecturale de cette maison est son escalier monumental, curieusement rejeté en fin des appartements, alors qu'on l'attendrait traditionnellement au centre de la construction.

Conçu par Henri Parent, cet escalier est une construction féerique, d'une légèreté surprenante malgré la densité des matériaux qui le composent : le marbre, la pierre, le fer, le bronze. Il s'élève jusqu'à une corniche arrondie qui en prolonge les courbes. Le jeu des miroirs le reflète sur tous les murs et porte l'illusion à son comble.

La salle des sculptures

La partie abritant le “musée italien” était vide à l'origine. Au fil des années, Nélie et Edouard André ont eu l'idée d'y installer leurs collections italiennes. C’était un peu leur jardin secret. Autant à l’étage de réception, tous leurs invités pouvaient admirer leurs collections, autant, les visites du musée italien étaient limitées à quelques amis ou amateurs qui en faisaient la demande.

Après son mariage, Edouard André fait aménager cette pièce en atelier pour sa femme. On perce à cette occasion, la grande baie vitrée. Mais Nélie abandonne définitivement ses pinceaux et la pièce reste vide. Bientôt, elle entraîne son mari en Italie et leur passion commune pour l’art de la Renaissance italienne les poussera chaque année à effectuer un ou plusieurs voyages dans ce pays.

Pendant des années ils accumulent leurs trésors et c'est seulement après la mort d'Edouard que Nélie installe cette salle de sculptures. Son accrochage, très personnel, est restitué ici conformément aux descriptions anciennes.

La salle florentine

Nélie avait souvent manifesté sa volonté de privilégier Florence sur le reste de l’Italie. Elle imagine donc un mausolée en forme de chapelle privée, rassemblant ce qu’elle possède de plus précieux : présentée à la fois comme un lieu de culte où se rencontrent des œuvres d’inspiration religieuse (stalles d’église, retable d’autel et monument funéraire), cette salle est en même temps une galerie de peintures qui privilégie l’école florentine.

Variations sur un thème, une série de Vierges à l’enfant issues du même atelier, offrent au regard leurs ressemblances et leurs particularités : l’élève, Sandro Botticelli réalise un chef-d'œuvre de jeunesse alors que son maître, Le Pérugin, exécute une œuvre magistrale, miraculeusement préservée. Ces panneaux suffiraient à faire de cette pièce l’une des plus précieuses du musée. Elle renferme également une autre œuvre majeure avec le Saint Georges terrassant le dragon de Paolo Uccello.

La salle vénitienne

Cette dernière salle du musée italien est peut-être celle qui doit le plus au goût personnel d’Edouard André. Aménagé de son vivant, elle regroupe des œuvres de Venise et des écoles du nord de l’Italie. L’art de Venise avait, en effet, sa préférence. A l’époque, peu nombreux sont les collectionneurs qui font ce choix. La mode est en effet aux florentins.

On retrouve des œuvres de Bellini, Mantegna, Crivelli, Schiavone et de Vittore Carpaccio. Les peintures du plafond à caissons sont peintes en grisaille et mélangent des sujets religieux et profanes.

Voir les photos des salles décrites ici

Voir aussi les visites effectuées en :

2017 : le jardin des Hansen - article

2022 : exposition Füssli

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