Voyage dans les nuages
20 janvier 20253 minutes
Voyage dans les nuages
20 janvier 20253 minutes
Les enfants nous avaient offerts un baptême en montgolfière pour notre anniversaire de mariage, mais nous n'avions jamais le temps et la date de péremption approchait. Finalement nous avons réservé un peu au hasard, sans trop nous renseigner. Les vols de montgolfières s'effectuent tôt le matin ou tard le soir pour bénéficier des courants engendrés par la différence de température entre le sol et l'air en altitude. Nous nous sommes donc levés à l'aube et après avoir avalé rapidement un café nous nous sommes rendus à l'aire de décollage dans un brouillard à couper au couteau. L'aérostier, très jeune, nous attendait. Il avait déjà commencé à gonfler le ballon qui, encore allongé au sol, s'arrondissait gentiment. Il nous salua, nous dit de l'appeler Patrick puis nous demanda de nous installer. La nacelle était plus haute que ce à quoi je m'attendais ! Pour grimper dedans, nous avons dû utiliser un marchepied et pour redescendre à l'intérieur, il a fallu sauter. Pendant nos acrobaties, le ballon s'élevait : de plus en plus vertical, de plus en plus rebondi. Nous étions quatre passagers, deux couples. L'autre couple se disputait. La femme semblait effrayée et répétait en boucle : "Quelle idée idiote, mais quelle idée idiote !". L'homme lui tournait le dos et mitraillait à tout va : le brûleur, le ballon, la nacelle... Finalement la femme atterrit lourdement sur son compagnon qui hurla aussitôt : " Mon appareil, mon appareil !". Tandis que j'aidais la jeune femme à se relever, elle s'était écorchée sur la nacelle et saignait, l'aérostier sauta du ballon et courut récupérer l'appareil. Hélas, lorsqu'il se retourna pour nous rejoindre, nous étions déjà à plus d'un mètre du sol et nous nous éloignions assez rapidement. Nous regardions, ahuris, Patrick, qui, en retour, nous regardait tout aussi ahuri !
Et nous disparûmes dans les nuages. Nous avions froids et nous ne voyions que du coton blanc dans toutes les directions. Il nous semblait que nous nous déplacions vite, à la fois en hauteur et vers l'est. Ce n'est que quand nous émergeâmes au-dessus de la couche nuageuse que mon mari se rapprocha du brûleur pour essayer d'en comprendre le mécanisme et de réduire la flamme. La femme pleurait, recroquevillée au fond de la nacelle, l'homme sautait et se frottait la poitrine pour tenter de se réchauffer. Je restais immobile, comme tétanisée. Dès que la flamme fut réduite, le ballon redescendit dans les nuages. C'est à dire aucune visibilité et à nouveau un vent puissant qui nous entraînait ! En tâtonnant avec les commandes, nous alternâmes les sorties au soleil pour se réchauffer et tenter de nous repérer et les descentes plus ou moins involontaires dans la couche nuageuse. Je ne saurai pas dire combien de temps ce vol chaotique dura ! Toujours est-il que nous finîmes par survoler une étendue désertique : aucune végétation, des variations d'ocres, de gris, de bruns défilaient sous nos yeux. L'ombre de la montgolfière sur le sol, nous précédait, élégante. Loin derrière nous je distinguai un panache de poussière qui allait dan notre direction. Une sonnerie incongrue résonna dans le silence éthéré.
- Allo ?
- C'est Patrick, vous foncez droit sur la frontière. il faut vous poser rapidement. De toute façon, vous n'avez plus beaucoup de gaz.
Et de fait, le ballon perdait régulièrement de l'altitude.
- Heu, c'est vous dans le véhicule derrière nous ?
- Non, c'est mon cousin, il pourra vous ramener.
- Que faut-il faire pour se poser ?
- Rien… Mais préparez vous au choc.
Maintenant, nous n'étions plus qu'à 2 ou 3 mètres du sol, nous pouvions voir l'irrégularité du terrain, loin d'être du sable fin, c'était des cailloux acérés ! Avant de nous en inquiéter, nous nous retrouvâmes éjectés ! Notre premier contact avec le désert fut… rugueux.