Une histoire effrayante

28 octobre 20262 minutes

Aujourd’hui le brouillard a envahi notre rive. Hier c’était de l’autre côté alors on voyait le soleil comme un vague halo timide et la rivière envoyait des volutes vers le ciel. Mais aujourd’hui on ne voit rien et les bruits sont assourdis. Je sais qu’au-delà de la clairière, les bouleaux descendent en pente douce jusqu’à l’eau. Je le sais mais je ne le vois pas. Soudain le chien se raidit, ses poils se hérissent, il gronde. Quelque chose de vivant bouge à la lisière. Ou est-ce seulement le vent qui agite les branches ? Non, c’est vivant et ça bouge. Le chien suit des yeux une trajectoire qui m’est invisible. Cela vient-il vers la cabane ? L’aube est levée mais la lumière se réfracte sur les gouttelettes du brouillard qui en devient éblouissant. Je scrute le paysage, y devine des silhouettes, sorties de mon imagination… ou pas. Et, tout aussi soudainement que tout à l’heure, le chien se détend et vient me lécher la main. Je relâche alors seulement mes mains autour du fusil. Plus tard, j’irai voir s’il y a des traces, plus tard.

  1. Babelio

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    02 novembre 20263 minutes

    Je me souviens, comme si c’était hier, du premier pas de l’homme sur la lune, de l’image pixelisée, de l’empreinte de cette grosse Moon boot sur un sol poussiéreux. A l’époque la conquête de l’espace battait son plein ainsi que les films et séries de voyages dans de lointaines galaxies ou de rencontres improbables. Et puis l’intérêt s’est tari mais je continuer à rêver que, moi aussi, un jour, j’irai sur la lune. Avec l’âge cela devenait de moins en moins probable au vu des performances physiques exigées ! Et puis les états ont lâché l’affaire, les entreprises privées ont repris le défi et, rentabilité oblige, ont commencé à proposer aux « civils » des expériences : vols en apesanteur dès le début du vint et unième siècle, puis, quelques années plus tard, séjours « touristiques » dans l’une des stations orbitales et, enfin, depuis l’année dernière, voyage dans la lune ! Mon rêve de toujours devenait accessible ou, pour être plus exact, techniquement accessible parce que financièrement évidemment … J’ai participé à tous les concours ou autres loteries offrant une chance (mais une chance sur combien ?) d’atteindre mon objectif. Et j’ai gagné. Précisément je suis arrivée deuxième au grand concours international « Méliès foerever », mais le premier est mort en direct d’un infarctus en apprenant le résultat. Je n’ai pas réussi à compatir, j’étais trop heureuse ! Les progrès en spatiologie sont tels que l’entraînement se résume à savoir enfiler la combinaison et à se déplacer avec. C’est en grande pompe et bombardé de spots publicitaires, plus que pour la finale du super bowl, que le départ a été diffusé dans le monde entier. J’étais devenue connue et égérie des produits anti-ride et autres palliatifs à la vieillesse et je m’en fichais. J’étais sur un petit nuage, un sourire de ravi de la crèche en permanence sur le visage, ce qui n’avait pas vraiment d’importance puisque ma figure était dissimulée par le casque intégral. Et c’est arrivé. La poussée qui nous a expulsés de l’atmosphère terrestre, atténuée par des techniques innovantes, n’était pas si terrible. Désormais la fusée tournoyait sans bruit dans le vide intersidéral. Toutes les quatre minutes et vingt-trois secondes je contemplais la terre. Réellement la planète bleue, exactement comme dans les films et les documentaires mais en vrai ! J’étais émue de façon indescriptible, une tendresse infinie pour ma planète qui, inexorablement, s’éloignait. Le trajet durait presque trois jours avant d’atteindre la Lune. Elle ne me fit pas du tout le même effet. Peut-être à cause des industries et entrepôts qui couvraient sa surface, peut-être à cause de son aspect poussiéreux, le même qu’en mille neuf cents soixante-neuf. La fusée largua les containers qu’elle avait véhiculés jusque là et fit demi-tour. Et déjà nous retournions vers la Terre, je me régalais à nouveau des vues variées ; l’hémisphère sud, l’un des pôles, une tornade gigantesque et trop vite, la cartographie des continents, les toiles d’araignée lumineuses des mégalopoles … Et la rentrée dans l’atmosphère où, il faut bien le reconnaître, j’ai perdu connaissance. Le module habitable et réutilisable s’est posé en douceur à Cap Canaveral. C’était déjà fini. Pendant quelques jours, j’ai déprimé, envie de rien. Le contrecoup sans doute. Et je savais que je n’aurai pas d’autres occasions. Mais les journalistes m’ont interviewée et les écoles m’ont invitée et j’ai pu revivre et partagé cette extraordinaire expérience. Maintenant j’écris un livre en collaboration avec des scientifiques, illustré d’images superbes. J’apporte le regard émerveillé de la petite fille qui se souvient du premier pas sur la lune.

    1. UOV
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    23 octobre 20263 minutes

    Là où j’habite, d’autres personnes habitent aussi Maman dit qu’il ne faut pas les dévisager. Au rez de chaussée, d’un côté la loge de Léonie et de l’autre, le local poubelles, strictement interdit, et le local à poussettes, où on ne va jamais seule parce que la porte est trop lourde pour pouvoir l’ouvrir de l’intérieur. Trois poussettes et deux vélos se partagent l’espace : la poussette de petit frère, qui était la mienne avant, les deux poussettes de ceux du quatrième, le vélo de la bonne du deuxième qui vient « à la journée » et celui de l’étudiant du sixième. Le seul qui sourit quand on le croise mais qui n’est pas d’ici. Il est du Morvan. Je crois que c’est un pays étranger et qu’il ne parle pas français parce qu’il sourit seulement, il ne parle jamais. Quand on va au marché le mercredi matin, nous croisons les maris, bien habillés, ils dévalent les escaliers, très pressés en criant : « Pardon, madame Félix » ou « A ce soir chérie » ou « Soyez sages ». Toujours l’un d’entre eux aide maman à descendre la poussette jusque sur le trottoir. C’est d’ailleurs pour ça qu’on part si tôt au marché. Le monsieur du second s’arrête toujours dès qu’il a franchi le portail et allume une cigarette. Quand il aspire la première bouffée, tout son visage se détend. S’il nous voit, il commente le temps : « Pas de pluie aujourd’hui » ou « il fait frais ce matin ». Maman acquiesce avec son sourire de politesse, celui qui n’arrive pas jusqu’aux yeux. J’aime bien aller au marché. Maman discute avec les marchands et les autres clients, tout le monde rit beaucoup. Je récupère toujours quelque chose à manger : une rondelle de saucisson, un fruit, une olive ou un petit morceau de fromage. Cela dépend des achats de maman. Quand on rentre à la maison, le portail est ouvert et Léonie, la concierge, est en train de laver le hall. C’est elle qui nous aide avec la poussette. Dans la cour intérieure, la plupart des fenêtres sont ouvertes et on voit des silhouettes féminines, un foulard sur la tête qui s’activent. On entend aussi les différentes radios qui diffusent musiques ou informations. Maman s’exclame « Oh là là je suis en retard ». Nous rangeons la poussette et remontons jusqu’au cinquième, les courses et petit frère qui bave. Notre étage, l’avant-dernier, est partagé en trois appartements : notre petit deux pièces, celui du professeur de piano, qu’on ne voit jamais mais qu’on entend et celui d’une femme seule « qui a bien du mérite » même si je ne sais pas ce que cela signifie. Au-dessus, l’escalier n’a plus de tapis et les marches sont usées, il donne accès à cinq chambres de bonnes dont celle occupée par l’étudiant. Je n’ai pas le droit d’y monter seule mais, parfois, papa m’y emmène et, au fond du couloir, nous grimpons sur les toits par une petite échelle en fer. La vue est extraordinaire : des toits de toutes les tailles et de toutes les hauteurs, en zinc, en tuile. Ici et là un jardin d’hiver ou une terrasse rompt la e moutonnement des toitures. A chaque fois, papa me désigne la grande église que nous entendons sonner le dimanche et aux fêtes.

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    Dans ma jeunesse, tous les ans , nous passions une partie de nos vacances au même endroit, un village en Corrèze : Argentat. Dans une vallée toute proche, creusée par la Maronne, qui porte bien son nom, nous allions régulièrement voir les tours de Merle. Deux tours très dégradées, nichées dans un méandre, en hauteur, comme il se doit. Ces murailles gris foncé qui se détachaient sur une luxuriante forêt de feuillus étaient d'un romantisme digne d'un Lamartine ou d'un Chateaubriand. Nous longions la rive car les pentes boisées, touffues étaient impénétrables. Une princesse endormie attendait-elle encore son prince ? Une année, nous apprîmes qu'un grand chantier avait été financé par la région. Nous nous précipitâmes mais nous nous heurtâmes aux panneaux "Interdit au Public". De grosses machines forestières dégageaient le site. L'année suivante, que de changements : un parking avait été aménagé à mi-pente et un sentier piétonnier cheminait jusqu'au pied des tours dont les bases étaient dégagées. Des structures en bois, escaliers et planchers, permettaient d'accéder à l'intérieur et, pour l'une d'entre elles, de monter sur le toit. Là-haut une belle vue sur les collines verdoyantes et, il faut bien le dire, sur le parking, attendait les visiteurs. Pendant quelques années, ce fut le succès avec fêtes médiévales et même un très joli sons et lumières dont je ne me souviens que d'une phrase : "Ô Merle, je savais que vous viendriez" prononcée par un suzerain quelconque, probablement pendant la guerre de cent ans. Hélas, le dernière fois que j'y suis passée, le site était fermé, le parking condamné pour éviter tout camping sauvage. Le sentier disparaissait sous les ronces et les herbes. Seules se dressaient altières et imposantes les deux sentinelles à nouveau oubliées.

    1. Atelier
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    Quand Jules César envahit les gaules, il n'y rencontra que de petites oppositions ici ou là. Avec sa politique, habile, de donner de larges territoires aux centurions les plus méritants, la culture romaine prédomina au nord, jusqu'à la mer baltique, à l'est jusqu'au Rhin et les Alpes, au sud jusqu'au Pyrénées. Une belle opulence régna pendant plusieurs siècles. Les chrétiens restèrent minoritaires, sans pape et sans Vatican. Il n'y eut jamais de "fille aînée de l'Eglise". Les anglais restaient confinés dans leur îles et les goths se romanisèrent peu à peu. Evidemment les huns s'avisèrent d'aller vers l'ouest mais sans grand succès : la légion romaine restait invaincue ! Evidemment plus tard l'Empire Ottoman prit de l'ampleur et eut des envies d'expansion (sans le moindre croisé pour l'arrêter). Après avoir envahi l'Afrique du Nord et franchi le détroit de Gibraltar, il annexa l'Espagne. Toutefois pas besoin d'un Charles Martel à Poitiers, les ottomans ne franchirent jamais la barrière pyrénéenne. Ils furent contenus dans la presqu'île ibérique par les soldats romains disciplinés et bien entraînés. Une longue chanson de geste sur l'agonie d'Al-Abdud dans la vallée de Roncevaux fut traduite en latin dès le 9ème siècle. Les romains n'étant pas de grands navigateurs et les viking n'ayant jamais réussi à s'implanter en Normandie, ce sont les anglais et les viking qui se partagèrent le Nouveau Monde et ses richesses. En fait surtout les anglais, en désespoir de cause, les vikings s'étendirent vers l'est et la Sibérie puis en utilisant les longs fleuves russes vers le sud et la Chine. Toutefois c'est l'Empire ottoman toujours florissant, qui découvrit la culture chinois, les pâtes et les feux d'artifice. Al-Gutemberg découvrit le procédé de l'imprimerie et les textes immémoriaux d'Homère et Virgile devinrent populaires au milieu des poésies persanes et turques. L'Afrique était encore et toujours le lieu d'affrontements entre romains et ottomans. Quand l'empire romain s'affaiblit (au fur et à mesure que le Nouveau Monde remportait des victoires commerciales et économiques), les provinces romaines africaines prirent leur indépendance et changèrent de noms. Riches de ressources naturelles abondantes, elles devinrent de redoutables républiques marchandes. Encore aujourd'hui les deux langues officielles dans les milieux diplomatiques et sportifs sont le latin (en perte de vitesse) et l'arabe (que tout le monde parle ou au moins comprend). On parle d'une coopération anglo-viking pour un programme spatial mais cela semble tellement utopique.

    1. Atelier
    2. Science-Fiction