Aujourd’hui le brouillard a envahi notre rive. Hier c’était de l’autre côté alors on voyait le soleil comme un vague halo timide et la rivière envoyait des volutes vers le ciel. Mais aujourd’hui on ne voit rien et les bruits sont assourdis. Je sais qu’au-delà de la clairière, les bouleaux descendent en pente douce jusqu’à l’eau. Je le sais mais je ne le vois pas. Soudain le chien se raidit, ses poils se hérissent, il gronde. Quelque chose de vivant bouge à la lisière. Ou est-ce seulement le vent qui agite les branches ? Non, c’est vivant et ça bouge. Le chien suit des yeux une trajectoire qui m’est invisible. Cela vient-il vers la cabane ? L’aube est levée mais la lumière se réfracte sur les gouttelettes du brouillard qui en devient éblouissant. Je scrute le paysage, y devine des silhouettes, sorties de mon imagination… ou pas. Et, tout aussi soudainement que tout à l’heure, le chien se détend et vient me lécher la main. Je relâche alors seulement mes mains autour du fusil. Plus tard, j’irai voir s’il y a des traces, plus tard.