Dans ma jeunesse, tous les ans , nous passions une partie de nos vacances au même endroit, un village en Corrèze : Argentat. Dans une vallée toute proche, creusée par la Maronne, qui porte bien son nom, nous allions régulièrement voir les tours de Merle. Deux tours très dégradées, nichées dans un méandre, en hauteur, comme il se doit. Ces murailles gris foncé qui se détachaient sur une luxuriante forêt de feuillus étaient d'un romantisme digne d'un Lamartine ou d'un Chateaubriand. Nous longions la rive car les pentes boisées, touffues étaient impénétrables. Une princesse endormie attendait-elle encore son prince ? Une année, nous apprîmes qu'un grand chantier avait été financé par la région. Nous nous précipitâmes mais nous nous heurtâmes aux panneaux "Interdit au Public". De grosses machines forestières dégageaient le site. L'année suivante, que de changements : un parking avait été aménagé à mi-pente et un sentier piétonnier cheminait jusqu'au pied des tours dont les bases étaient dégagées. Des structures en bois, escaliers et planchers, permettaient d'accéder à l'intérieur et, pour l'une d'entre elles, de monter sur le toit. Là-haut une belle vue sur les collines verdoyantes et, il faut bien le dire, sur le parking, attendait les visiteurs. Pendant quelques années, ce fut le succès avec fêtes médiévales et même un très joli sons et lumières dont je ne me souviens que d'une phrase : "Ô Merle, je savais que vous viendriez" prononcée par un suzerain quelconque, probablement pendant la guerre de cent ans. Hélas, le dernière fois que j'y suis passée, le site était fermé, le parking condamné pour éviter tout camping sauvage. Le sentier disparaissait sous les ronces et les herbes. Seules se dressaient altières et imposantes les deux sentinelles à nouveau oubliées.