Libre, je suis libre
18 mai 20263 minutes
Libre, je suis libre
18 mai 20263 minutes
Gamin, je vivais dans le bassin minier de Lens, mon destin était tout tracé. De génération en génération nous nous succédions aux mêmes postes, les garçons à la mine, les filles à la maison. Les quelques années d'école obligatoire étaient des années heureuses. Je ne voulais pas de cette vie et à douze ans, je m'enfuis vers l'ouest. Libre, j'étais libre ! Du moins je le croyais parce que arrivé à Dunkerque, sans qualification, je ne trouvais à m'embaucher que sur un bateau de pêche et entre le fond de cale et le fond de mine, je ne sais pas si j'avais gagné au change. J'avais échangé la crainte du coup de grisou contre celle du naufrage ! Au moins lors des relâches au port, les récits des marins au long cours m'enthousiasmaient. Et finalement après quelques années, je réussis à m'embarquer comme matelot pour l'Amérique. Le grand large qui m'avait tant fait rêver, se révéla d'un ennui mortel. Aucun rivage, nulle part, dans quelques direction que ce soit ! Peu de tâches à bord et âs beaucoup de distractions pour un simple matelot. J'avais pas mal de temps libre, quand à appeler cela la liberté... Je ne regrettais ni la noirceur des boyaux de charbon ni la puanteur des cargaisons de poissons mais je n'étais toujours pas satisfait. Nous avons accosté sur les ports d'Amérique du Sud, toujours plus au sud. Je décidai que j'en avais vu assez au sud du Brésil et ne remontai pas à bord. J'avais alors 26 ans et un petit pécule et je me croyais malin et astucieux. J'utilisais mon argent pour acquérir une propriété tout compris (c'est à dire terrain, maison et esclaves) et devint planteur. Je me pris au jeu et fis fructifier mes avoirs. Quand j'eus les moyens d'embaucher un intendant qu'enfin libre, j'étais libre. Mais de fait la pression sociale m'obligeai à fréquenter l'église régulièrement et à participer à ce qui tenait lieu de vie culturelle. Il était rare que je puisse rêvasser sur ma terrasse, soit je recevais ou j'étais reçu soit je tenais mes comptes planifier les réparations et les investissements. Le personnel de la plantation comptait trop sur moi. Cela me devint insupportable et je partis en catimini, seul sur un cheval et traversai le contient dans sa largeur. Je crus avoir trouvé une forme de liberté dans ce nomadisme nonchalant jusqu'au moment où je dus échapper à des peuples primitifs réducteurs de tête puis à des vacher argentins particulièrement belliqueux. Heureusement je n'avais pas perdu mes compétences maritimes et je réussis à m'engager sur un bateau qui voulait rallier le Japon. A nouveau la navigation m'ennuya profondément par la répétition des tâches. Et pourtant je n'étais plus matelot mais second et partager le mess des officiers. J'avais accès à des discussions intéressantes, à des livres et aux nouvelles du monde par la TSF. Nous n'avions encore distingué aucune côte, quand une vague énorme, comme ni moi, ni aucun autre membre de l'équipage n'en avions encore vu, nous porta à une vitesse incroyable à proximité de côtes rocheuses. L'eau se retira loin et la vague suivante, quoique moins monstrueuse, brisa le navire en mille éclats. Je me réveillé dans un abri rocheux où un vieillard asiatique souriant m'apportai matin et soir un bouillon parfumé et des boulettes de riz. Quand je pus à nouveau marcher, il me fit visiter : un potager bien entretenu, une petite rizière en terrasse et au bout d'un court chemin ombragé des sources d'eau chaude. Peu à peu, en ne communiquant que par des sourires et des gestes nous primes nos habitudes. Nous pouvions passer plusieurs jours sans nous voir puis l'un ou l'autre venait partage un melon ou un poisson. Je me sentais apaisé, serein, libre.