Almanach - 14 juillet

14 mars 20262 minutes

J'étais instituteur, au début du vingtième siècle et pendant quelques années j'ai enseigné dans un petit village agricole où il ne se passait rien et où les gamins ne s'intéressaient qu'aux travaux de la ferme. Quand aux filles, on ne les voyait pas ! Découragé, je demandai ma mutation pour l'outre mer. Je fus nommé à la Martinique. Quel changement ! Je logeais dans une paillotte et l'école était  à ciel ouverte. Pas plus de filles qu'en métropole, par contre les garçons étaient joyeux, curieux,. Ils se moquaient de mon "accent" et au début j'avais bien du mal à les comprendre : les leçons de lecture prenaient souvent l'allure de cours de prononciation et, de leur côté, ils tentaient de m'apprendre le créole : que de fous rires ! La Marseillaise prenait des airs de biguine et ils ne savaient pas chanter sans danser. Chaque année j'avais mon lot de Toussaint, Noël et FetNat du fait de l'habitude de nommer les enfants avec le saint du jour ou du moins ce qui était imprimé sur l'almanach !

Je suis né un 14 juillet au bal des pompiers. Ma mère aimait tellement danser ! Au moins, il y avait suffisamment de pompiers pour s'occuper de l'accouchement et de ma mère. Moi on m'oublia dans l'étui de la grosse caisse. Imaginez la surprise du musicien ! Comme il n'a pas retrouvé ma mère, il m'a élevé. Evidemment pour chacun de mes anniversaires j'avais des parades, des flonflons et un feu d'artifice. J'avais cinq ans quand l'une des fusées a mis le feu à une grange et provoqua une telle panique que je me retrouvais seul, perdu et pas de musicien à l'horizon cette fois-ci. Je fus envoyé dans une institution militaire et dès mes huit ans je défilais fièrement à chaque quatorze juillet, encore persuadé que cette fête était en mon honneur. A seize ans, je m'engageai dans la marine et parcourrai le monde. A l'étranger, évidemment, personne ne fêtait le quatorze juillet alors qu'au contraire, sur le bateau, pour porter les valeurs de la France, on mettait en place toute une cérémonie, je continuais donc à profiter d'anniversaires grandioses. Jusqu'au jour où un artificier maladroit coula notre frégate ! Blessé, je fus rapatrié en France à l'hôpital de la Bastille !

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    Cette année le Secret Santa m'a réservé une drôle de surprise. Bien emballé dans un papier cadeau bleu nuit étoilé d'or, une petite boite en carton blanc et, dans cette boite, un aller-retour pour Luanda, capitale de l'Angola ! Après les exclamations convenues et les remerciements anonymes, je me suis rapproché d'Amir, notre collègue angolais et, effectivement, c'était bien lui l'auteur de ce cadeau extraordinaire. Il est d'usage d'utiliser un budget raisonnable bien en-dessous du prix d'un billet d'avion.  Il m'a rassuré tout de suite, il n'a pas dépassé les limites, il a utilisé ses points de fidélité. Il était vraiment ravi de pouvoir me faire découvrir son pays et sa famille, car, bien sûr, le cadeau comprenait l'hébergement chez ses parents. J'étais très embarrassé mais difficile de refuser. Amir m'a aidé à obtenir le visa et il devait me rejoindre quelques jours plus tard. Donc, début février, j'embarquais seul à Charles de Gaulle pour cette contrée inconnue. A l'atterrissage, l dépaysement étai au rendez-vous, je devais être l'unique blanc de tout l'aéroport ! Ah non, une famille de quatre là-bas, prise en charge par un ranger noir et s'éloignant en quatre-quatre. Un homme distingué portait une pancarte à mon nom. Je me dirigeais vers lui avec un sourire un peu timide. Je ne parle pas un mot d'angolais (ou devrais-je dire de portugais ?) mais heureusement le père d'Amir parlait suffisamment anglais pour des échanges polis et pragmatiques. Dans une belle voiture climatisée, conduite par un chauffeur stylé, nous traversâmes des bidonvilles sordides avant d'atteindre une grande ville moderne à l'occidentale. Henrique, le père d'Amir portait un prénom reflet de la colonisation portugaise, se fit guide pour m'indiquer la promenade en bord d'océan, portant le nom de Marginal, qui longe la baie de Luanda. À proximité il me fit remarquer la forteresse de São Miguel, un édifice bien conservé datant du XVIe siècle et abritant aujourd'hui le musée des Forces armées et me recommanda l'île de Luanda, une longue et étroite péninsule dans la baie parsemée de plages, de bars et de restaurants. Nous atteignirent enfin les quartiers pavillonnaires et la voiture pénétra dans une grande propriété privée. Mon hôte fit signe au chauffeur de prendre les bagages et m'entraîna dans un vaste jardin luxuriant et nous nous assîmes sur de confortables fauteuils en osier et nous sirotâmes un thé glacé dans un silence amical. Après les fatigues du voyage, je me détendais et ressentais une plénitude devant la nature exubérante de ce lieu.

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    2. Science-Fiction
    3. UOV
  5. Mes combats

    26 janvier 20263 minutes

    Je suis révoltée, par nature dirait maman ! Toute petite déjà, je n'acceptais pas l'école. Moi, j'étais bien à la maison et je ne vois pas pourquoi je devais faire "comme tout le monde". C'est l'argument le moins convainquant que je connaisse : "comme tout le monde" ! Ensuite les règles d'orthographe me rebutaient, pas que je ne sache pas les apprendre (j'ai une excellente mémoire) ou les appliquer (ce n'est pas si compliqué) mais à nouveau la  principale raison d'être de l'orthographe, c'est la conformité ! Moi, je pense que si on peut lire ce que j'ai écrit, c'est bien suffisant. L'intérêt étymologique de tel ou tel mot ne me touche pas et d'ailleurs l'utilisation dans les sms ou les réseaux sociaux de "dsl" ou "mdr" me donne raison. Evidemment, mes études ont été...  diversifiées. Pour le fameux projet transverse du bac, j'avais choisi le cannabis. J'ai eu une bonne note malgré une réflexion sur le côté provocateur du sujet. Dans un premier temps, je me suis lancée dans des étude de droit. Bien sûr je voulais défendre les petits contre les gros, le pot de terre contre le pot de fer et combattre l'injustice partout où je la trouverai ! Quelle déception ! Dans ma promo d'une centaine de personnes, tellement d'entre eux étaient enfants d'avocats, de juges ou de notaires et résolument orientés vers le profit que ces professions pouvaient procure. Avec mes idées à la Erin Brockovich, j'étais si isolée. Alors j'ai abandonné avant que mon environnement ne me transforme.  J'ai attaqué en deuxième choix, un BTS de communication, en alternance. J'avais obtenu, pour la partie pratique, un stage chez Astrium côté lobbying. A nouveau que de déceptions dans ce monde feutré où les non dits s'accumulent. Les négociations sont tellement codées et travesties d'allusions ou de messages obscurs qu'à nouveau je ne savais plus où j'en étais et dans le même temps je cumulais les ruptures amoureuses : soit je trouvais mon compagnon trop timoré dans ses positions, soit c'est lui qui partait me reprochant d'être trop vindicatives. Je tins bon jusqu'à l'obtention de mon diplôme puis je changeai à nouveau de voie et partis pour une année aux USA comme jeune fille au pair. Les Etats-Unis me sont apparus comme un pays liberticide, la famille où j'étais, utilisait des caméras pour me surveiller avec les enfants ! J'ai demandé à changer de famille et je me suis retrouvée témoin de violences conjugales, à vrai dire c'est moi qui est composé le 911 ! L'organisme de gestion des jeunes filles au pair m'a rapatriée fissa en France. J'ai rencontré un handicapé de mon âge, nous avons vécu ensemble et je me suis mise à combattre les discriminations que subissent ces personnes mais c'est un combat à la David contre Goliath... sans lance-pierre ! Au final, il est parti aussi, mes combats incessants contre l'administration, ses employeurs et le manque d'équipements adaptés l'ont... fatigué. Comme il fallait bien trouver un emploi, j'ai repris mes études en free lance et j'ai obtenu un master en sociologie et le concours de professeur des écoles. J'ai délibérément choisi d'enseigner en REP, on obtient facilement ces postes qui ne sont pas demandés. Et maintenant je lutte tous les jours pour donner une chance aux élèves défavorisés auxquels j'enseigne. Je me retrouve à effectuer un signalement pour la DAS au moins une fois par an, mais j'ai vraiment l'impression d'être utile. Ce combat là, j'ai l'intention de le mener longtemps.

    1. Atelier