Hopper
05 novembre 20126 minutes

Hopper
05 novembre 20126 minutes
Addition : j'ai lu en décembre 2014 l'arrière saison de Philippe Besson : l'histoire de la femme en rouge dans le tableau d'Edward Hoppper ci-contre (histoire optimiste finalement avec téléphone portable ce qui est tout de même anachronique)
Ce dimanche j'ai profité de mon passe sésame duo pour aller voir l'exposition au Grand palais : Hopper.
Pour les visiteurs lambda : deux heures trente de queue, pour nous, privilégiés, à peine cinq minutes.
Voir La critique
Passionnée je me suis renseignée et voici des extraits de ce que j'ai trouvé et qui m'a intéressé :
NightHawk décrypté par Le Figaro :
Scène de nuit en intérieur vivement éclairée dans un restaurant bon marché», note Edward Hopper en marge du dessin préparatoire de cette huile achevée le 21 janvier 1942.
La ville est décomposée en blocs sombres, symétrie aveugle qui pétrifie toute vie et donne une note mortifère à l'ensemble. «Eléments lumineux : comptoirs en bois rouge cerise et dessus des tabourets de bar autour; lumières se reflétant sur les cuves métalliques, dans le fond à droite; bandes de carreaux vert jade vif aux trois quarts de la composition», précise le peintre qui calcule et pèse son effet («Hopper, De l'oeuvre au croquis», Ed. Prisma).
avis du peintre Guy Pène du Bois
Descendant de huguenots et de Hollandais, Hopper le baptiste «a transformé le puritain en lui en un puriste, la rigueur morale en précision stylistique», écrit son ami, le peintre Guy Pène du Bois en 1931.
Avis d'un historien de l'art
Cette icône de l'Art Institute de Chicago est le «seul tableau de Hopper qui montre une vitrine courbe et laisse voir le verre: l'espace du bar entoure les personnages comme un récipient hermétiquement clos», souligne l'historien de l'art Rolf G. Renner («Hopper», Taschen). Dans cette bulle froide, les personnages sont des stéréotypes ou d'étranges animaux carnassiers.«Femme vêtue d'une blouse rouge, cheveux bruns, en train de manger un sandwich. Oiseau de nuit (bec) en costume sombre, chapeau gris acier, ruban noir, chemise bleue (propre), tenant à la main une cigarette. Autre silhouette sombre sinistre, de dos - à gauche», écrit Hopper (1882-1967), distant et précis comme un médecin légiste.
Ernest Hemingway a écrit Les Tueurs, une nouvelle parue en 1927, adaptée au cinéma par Robert Siodmark en 1946 avec Burt Lancaster et Ava Gardner. Avant ce grand classique du film noir, Hopper peint cette interprétation picturale de la nouvelle qu'il appelle Nighthawks. L'intrigue du texte est confuse comme son épilogue, celle du tableau diffuse comme une moiteur lourde. Un homme seul tourne le dos au spectateur. Le fugitif condamné à mort dans la nouvelle ? Qu'importe. Le tableau ne garde du récit que le sens du funeste et du prédestiné.
Un homme, une femme, le silence.
Ce trio est cher à Hopper qui accentue encore la muraille invisible entre les êtres par une certaine raideur des postures et les lignes de fuite divergentes des regards. L'homme au visage de rapace fume et se tait. La belle femme en rouge à ses côtés attend, flamme sensuelle et pourtant froide.
Déjà dans Room in New York (1932), le couple aperçu depuis le métro aérien est juxtaposé et ne partage rien d'autre que l'espace. Vision crue des rapports humains et de leur intimité supposée.
Hotel by a Railroad (1952) montre un autre de ces Bored couples chers à Martin Parr. Hopper écrit, inquiétant : «La femme ferait mieux de regarder son mari et les rails sous la fenêtre».
La nuit sur la ville n'est éclairée que par la lumière oblique dans le bar. Elle fait irruption par la droite, nette, géométrique et intrusive comme le faisceau d'un projecteur ou d'un phare. La façon dont la lumière se découpe dans les tableaux de Hopper est significative.
Dans A Woman in the Sun (huile de 1961), la lumière crue forme une stèle mortuaire sous les pieds de la femme nue.
Dans Night Shadows (eau-forte de 1921), la scène de rue, vue d'en haut, est traversée non par la lumière mais par une ombre noire : elle menace l'homme seul dans la nuit, comme l'annonce des ténèbres. Hopper aimait particulièrement les ombres longues du matin et du soir.
Comme toujours chez Hopper, il y a arrêt sur image. «Hopper, Peindre l'attente», dit très justement Emmanuel Pernoud dans sa somme érudite parue chez Citadelles & Mazenod. Le personnage le plus avenant est le jeune serveur, stoppé net dans son geste cordial et commercial. «Garçon blond très séduisant en blanc (veste, casquette), derrière le comptoir», annote Hopper en marge de son étude à l'encre noire. Sa jeunesse solaire est inutile face au mutisme des clients. Narrateur muet, le peintre souligne du pinceau la tension psychologique induite par cette non-communication flagrante.
Biographie
Edward Hopper, né le 22 juillet 1882 à Nyack dans l'État de New York et mort le 15 mai 1967 à New York, est un peintre et graveur américain, qui exerça essentiellement son art à New York, où il avait son atelier. Il est considéré comme l'un des représentants du naturalisme ou de la scène américaine, parce qu'il peignait la vie quotidienne des classes moyennes. Au début de sa carrière, il représenta des scènes parisiennes avant de se consacrer aux paysages américains et de devenir un témoin attentif des mutations sociales aux États-Unis. Il produisit beaucoup d'huiles sur toile, mais travailla également sur des affiches, des gravures en eau-forte et des aquarelles. Une grande partie de l'oeuvre de Hopper exprime la nostalgie d'une Amérique passée, ainsi que le conflit entre nature et monde moderne. Ses personnages sont le plus souvent esseulés et mélancoliques.
extrait de l'interview d'Hubert Felix Thiefaine
Hubert Felix Thiefaine dans son dernier album
Suppléments de mensonge (2011) a choisi le nom d'un tableau d'Hopper pour l'un de ses titres : Compartiment C, Voiture 293. Nous avons décidé d'évoquer avec lui ce choix et son admiration pour la peinture d'Edward Hopper !
Découvrez le titre Compartiment C, Voiture 293 de Thiefaine :
o Quand avez-vous vu ce tableau la première fois ?
J'ai découvert le tableau Compartiment C, voiture 293 dans un bouquin sur Edward Hopper qui traînait chez moi. J’avais très envie d'écrire sur le peintre depuis longtemps, il a beaucoup de choses à dire. J'avais pensé à la toile Automat mais j'ai finalement choisi Compartiment C pour le thème du train, qui est très symbolique dans les chansons américaines et pour le paysage qu'on aperçoit à travers la vitre. Dans les scènes d'Hopper, il y a toujours un petit rappel de la nature.
o La toile a d'abord inspiré la musique ou les paroles de la chanson?
La musique, je l'avais déjà… avant d'écrire. C'est un ami bassiste qui l'avait composée et me l'avait envoyée pour que je fasse les paroles. C'est celle-ci que j'ai utilisée sur ce thème.
o Qu'est-ce qui vous touche chez Hopper ?
Dans les toiles d'Hopper, je retrouve l'univers de certains romanciers descriptifs de l'entre-deux-guerres comme William Faulkner, ou encore John Updike. Je retrouve en Hopper la nostalgie d'un pays inconnu… découvert à travers des romanciers !
Chez Hopper, on retrouve beaucoup de mélancolie que je partage. Ses paysages sont plein de soleil, mais d'un soleil triste, mélancolique comme je l'aime. Et puis, il y a cette solitude. La toile People in the sun : ce sont cinq personnages qui prennent le soleil. Ils sont seuls... ensemble.
C'est la même chose pour les tableaux qui représentent des couples, où chacun est seul de son côté, comme le tableau Room in New-York.
Pour Compartiment C, la femme est très seule aussi. Même les maisons d'Hopper synthétisent la solitude : elles sont souvent différentes mais toutes sont isolées, sans détail ni nature autour, rien qui traîne. Et c'est tout ce qui en fait la beauté. C'est une solitude que j'aime partager avec lui. Son univers contient beaucoup de silence. Et cette addition, au bout, procure une immense liberté. En regardant ses toiles, de profonds soupirs de soulagement nous viennent.