Elle est jeune, très jeune. Ses longs cheveux blonds lui cachent le visage. Elle baisse la tête d'ailleurs. Elle évite de rencontrer le regard des autres mais observe les alentours nerveusement. Elle porte un sac à dos en bandoulière, couvert de badges et de graffitis. Elle frissonne dans son blouson de faux cuir, éraflé et bien trop grand pour elle. Ses deux jambes enserrées dans un leggins noir ressemblent à des baguettes, fines, branlantes sur ces hauts talons incongrus. Toujours méfiante, à jeter des regards en coin, elle allume une cigarette et aspire longuement. Elle a les doigts fins, tachés d'encre et aux ongles vernis. On sent qu'elle est à la frontière entre deux mondes : l'écolière sage qu'elle n'est plus et la lycéenne assurée qu'elle n'est pas encore. Ah les années collège ! Quand elle rejette la fumée, d'un geste machinal, son visage apparaît, à nouveau, en devenir : enfantin et maquillé, insolent et apeuré. Le rouge à lèvre agressif masque mal le tremblement de la lèvre inférieure et le mascara généreux agrandit ses yeux bleus, inquiets.