petite clef dorée cherche serrure
12 décembre 20153 minutes
petite clef dorée cherche serrure
12 décembre 20153 minutes
Quand ma fille de trois ans m'a ramené, triomphale, un porte-clef en bois, en forme de coeur, peint en rose vif, où elle s'était appliquée à dessiner des points noirs, je me suis extasiée et j'y ai accroché, en grande cérémonie, la clef de la maison. Chaque soir, quand nous rentrions de l'école, elle était heureuse que l'on s'en serve. Plus tard, ma soeur m'a offert un bonhomme Michelin auquel j'ai suspendu la clef de voiture, puis, ma société ayant donné à chaque employé un porte-clef à son effigie, j'y ai attaché ma clef de bureau. Du coup, sur l'anneau, tout simple, du trousseau initial, il ne restait que ma petite clé dorée, plate au profil compliqué. Cela n'allait pas du tout : un gros anneau tout moche et une délicate clé sophistiquée ! Je l'enlevai et posai l'anneau dans un vide poche et tins ma clef entre les doigts. Cette clé n'ouvrait rien. Elle n'avait jamais rien ouvert, mais j'y tenais. Pensive, je la nettoyais doucement à l'eau savonneuse, voilà, elle avait l'air d'être en or ! J'aurais pu la mettre sur une chaîne et la porter en pendentif mais cela ne me convenait pas. Je ne souhaitais pas l'exposer mais la garder cachée, pour moi seule. Pendant quelques temps je la changeais de poche à chaque fois que je changeais de vêtement mais j'avais toujours peur de la perdre et j'avais des vêtements sans poche ! Finalement, je découvris une anse de tissu au fond de mon porte monnaie et, à partir de ce jour, je l’emmenai, à nouveau, partout avec moi, sans crainte.
Quand je devins grand-mère, ma petite fille m'interrogea sur cette clé, un jour où elle rangeait la monnaie : "Maman m'a dit que tu avais cette clé depuis ta naissance, c'est vrai ? Elle appartenait à ta mère ? Elle ouvre quoi ?"
J'hésitais à répondre, c'était la première fois qu'on me posait la question. Mon mari et mes enfants s'étaient moqué où me l'avaient retrouvée quand je la cherchais avec acharnement mais aucun ne m'avait posé de question. C'était un après-midi pluvieux, Émeline avait l'air intéressé et elle aimait les histoires. Je me lançais :
- Tu sais que nous venons du Jura. eh bien l'hiver, dans le Jura, tout le monde fabriquait des jouets. Tu te souviens peut-être de ma sœur, ta grand tante Nicole, qui montait des petites voitures jusqu'aux années 90 ?
- Alors c'est un jouet ? c'est une clé jouet ?
Précédé d'un hochement de tête indiquant qu'elle se souvenait de Nicole.
- Pas exactement, non. Mon grand-père, lui, fabriquait des jouets en bois et des mécanismes d'horlogerie. Tu comprends maintenant ?
- Pas vraiment, mais laisse moi chercher un peu. Il fabriquait des coffres ? Des coffres secrets ? Avec double fond ?
Je la laissais imaginer des cachettes mystérieuses jusqu'à ce que sa mère, ma fille, vienne la récupérer en coup de vent, toujours pressée.
Je passais la semaine chez les antiquaires et les spécialistes de vieux jouets sans succès, jusqu’à ce qu'à force d'en parler autour de moi, je finisse par trouver ! Le mercredi suivant, j'emmenai Émeline et son frère au musée du jouet. Ils furent ravis, l'un par les trains et les voitures, l'autre par les maisons de poupées. A la fin de la visite, je leur montrai une dernière pièce où j'avais pris rendez-vous avec le conservateur. La salle était dans la pénombre et les objets présentés sous vitrine. Comme convenu, l'une d'entre elles était ouverte. Je sortis ma petite clé, gardée si longtemps et je l'introduisis dans le trou prévu à cet effet. Une fois que j'eus fini de remonter le mécanisme, devant les yeux émerveillés des enfants et les miens, embués, la petite patineuse se mit à tournoyer avec grâce, au centre, pendant que, tout autour, le cerf, l'ours, le lapin et la marmotte applaudissaient. Dans le sapin un minuscule rouge-gorge chantait joyeusement. J'avais retrouvé l'une des créations de mon grand-père.