Aux fraîcheurs d'été
30 mai 20152 minutes
Aux fraîcheurs d'été
30 mai 20152 minutes
Fin août, le restaurant était encore plein et le patron se frottait les mains en déambulant entre les tables, le sourire aux lèvres. Il s'arrêta près du jeune couple qui venait tous les midis depuis une semaine. Le jeune homme élégant et bien coiffé tenait la fine main manucurée de sa compagne dont la robe couleur corail mettait en valeur son teint pâle. Mais, perdus les yeux dans les yeux, ils ne le virent même pas. A côté, la dame du couple plus âgé les couvait d'un air attendri. Elle et son mari étaient des randonneurs comme l'indiquait leur équipement, des chaussures aux vêtements de pluie dépassant d'un sac à dos professionnel, munis de multiples poches et crochets. Il était facile de deviner qu'ils étaient partis tôt le matin pour longer les rives du Sardailloux jusqu'ici et qu'ils déjeuneraient copieusement ! Justement, le mari, qui qui étudiait la carte en détail, profita du passage du maître des lieux pour l'interroger sur la composition de la salade champêtre. Tout en expliquant les champignons de rosée, le cresson bleu et les autres ingrédients, M. Pierre supervisait la salle : la famille bruyante près des toilettes. Plusieurs familles en fait. Quand ils avaient réservé pour dix-sept personnes, ils avaient longuement expliqué la tradition familiale : chaque été l’aîné des garçons choisissait une location dans une région différente pour sa famille et celle de ses deux frères, sa mère, veuve depuis longtemps, les rejoignait en fin de séjour et payait le dernier repas des vacances, l’événement annuel. Le repas se devait d'être le point d'orgue des retrouvailles familiales, une addition confortable en perspective. Pas comme l'autre grande table isolée près de la baie vitrée. Ces messieurs tous en costumes cravate avaient pris la formule du jour sans vin et parlait affaires à qui mieux mieux. Soudain il repéra un couple qui essayait d'attirer l'attention sur leur panière vide, il indiqua cette demande d'un signe impérieux de la main au serveur. Enfin il se dégagea avec le sourire du mari bavard et alla porter une carafe d'eau à son amie Maud, habituée de longue date de son établissement et qui attendait visiblement sa fille avant de commander.
Le carillon léger de l'entrée le fit pivoter pour aller accueillir un groupe de quatre personnes. Il hésitait entre annoncer que le restaurant était complet ou rapprocher les deux dernières tables de libre. Cette famille semblait sous tension, l'homme courroucé, la femme éperdue, la jeune fille venait de pleurer et le garçon regardait attentivement ses chaussures dans une attitude hostile.