L'irlandaise
17 novembre 20123 minutes
L'irlandaise
17 novembre 20123 minutes
Pour Kate, cette prestation était importante, elle voulait faire bonne impression à la société anglaise qui avait accepté de laisser sa chance à une irlandaise. Elle s'était longuement préparé le matin, soignant coiffure et maquillage. Pour la tenue : hauts talons de rigueur et une robe foulard dans les tons chauds d'automne qui atténuaient un tant soi peu sa flamboyante chevelure.
Déjà elle s'emportait contre son assistante Jane. Celle-ci était si effacée qu'elle appelait inévitablement piques et remarques, sans jamais perdre son flegme tout britannique. Kate aurait préféré travailler avec Alan, le jeune et beau gallois récemment arrivé. L'insistance de Jane à amener des dossiers papier l'avait vraiment contrarié. Au vingt et unième siècle, des dossiers papier ! Jane vérifiait justement le nombre de dossiers mais aussi la présence des verres, des bouteilles d'eau, le fonctionnement de l'éclairage… Elle n'y tint plus :
- Ca va Jane, arrêter de vous agiter ainsi. Il s'agit d'un hôtel de prestige, évidemment que tout fonctionne ! Allez plutôt me chercher ma sacoche que j'ai oubliée dans ma mini.
Jane leva un regard étonné, mais sans un mot, elle prit les clefs et disparut.
Kate commença des exercices de relaxation. Il faudrait qu'elle soit au top. Elle repassa dans sa tête les graphiques et les chiffres qui lui permettraient de convaincre ses interlocuteurs que son offre était la meilleure. Comme Jane tardait à revenir, elle laissa ses pensées vagabonder vers un avenir radieux où elle aurait la responsabilité de la branche immobilière sud de Londres, elle aurait alors une voiture avec chauffeur et… La porte s'ouvrit, un serveur poussant un chariot avec thé, café et viennoiseries qui embaumaient, entra, suivi de Jane. Timidement sans la regarder, Jane lui tendit sacoche et clef et murmura : « vous aviez aussi oublié les lumières ». Quelle conne, toujours à me faire la leçon. Et dire qu'on la lui avait présentée comme une aide précieuse et indispensable !
Un brouhaha annonça l'arrivée des clients : six hommes en costume sombre et deux femmes en tailleur strict. Elle compara rapidement leur apparence à la sienne et se sentit en léger décalage : les anglais étaient toujours si austères ! Elle comprit aux regards qu'ils échangeaient qu'ils attribuaient son excentricité (toute relative) à sa nature irlandaise. Qu'ils aillent au diable. De plus, certains connaissaient et saluaient cette sale petite intrigante de Jane, elle aussi en tailleur remarqua-t-elle soudain. Un peu sur la défensive, elle décida de reprendre la main en brusquant le rituel. :
- Eh bien si vous voulez bien vous asseoir, nous allons commencer.
Interloqués mais polis, ils s'assirent. En vraie mouche du coche, Jane s'affairait à servir thé ou café et à proposer des viennoiseries. Insupportable, si seulement elle pouvait trouver un prétexte pour la faire sortir . Elle alla se placer face à eux et se présenta rapidement comme on le lui avait appris : diction claire, phrases courtes, cherchant le regard de chacun. Elle fut assez fière du résultat, son accent irlandais était inaudible, à ses oreilles du moins. A leur tour, ils se présentèrent un à un. Elle connaissait déjà Charles, Willy et Margaret mais pas les autres. Cependant, , elle anticipait sur le premier transparent à commenter et n'écoutait pas vraiment ce qu'ils disaient. Elle nota du coin de l'œil, l'attitude servile de Jane qui, elle, accordait à chacun une réelle attention. Eh bien, elle pourrait lui demander qui étaient les participants après la réunion !
A peine la dernière personne, une certaine Brigit Thompson eut-elle fini, qu'elle alluma le rétroprojecteur. Celui-ci resta stoïquement éteint. Elle se retourna vers Jane :
- Jane, vous ne deviez pas tout vérifier ? Avez-vous une explication ?
Pendant que Jane se précipitait vers les fils et autres connecteurs, elle se tourna aimablement vers ses clients :
- En attendant que cela fonctionne, je vais vous détailler le premier graphique que vous trouverez à la page trois des dossiers qui vous ont été remis.