Petit conte de Noël

Un instant d'inattention a suffi, l'enfant a disparu.

La mère appelle en criant de plus en plus fort, de plus en plus désespérée. Les villageois, autour, s'attroupent, s'interpellent bruyamment :
''C'est le petit Julien'', ''il porte un anorak rouge'', ''5 ans pas plus''. La femme s'écroule dans un hurlement primal. Paul l'infirmier s'affaire. Le maire organise aussitôt deux groupes : un pour parcourir le village, l'autre pour longer les chemins et la rivière prise par la glace.

Alors que le village est assourdissant d'appels en tout genre, dès qu'André a commencer à s'enfoncer en forêt, tout est silence. La neige étouffe le bruit des pas et seuls quelques sons ouatés annoncent la chute d'un paquet de neige. André voit clairement les petites empreintes de bottes. Il est rassuré, l'enfant n'ira pas loin. Il appelle mais le son semble s'amortir aussitôt. La nuit tombe et la neige recommence à tomber, effaçant toute trace. André progresse le plus rapidement possible. Il est inquiet maintenant qu'il a perdu la piste.

Au sortir du bois, il est brutalement agressé par un vacarme qui résonne dans la vallée. L'écho est terrible et il met un temps à comprendre que ce n'est que le prénom, Julien, hurlé par les volontaires, qui se répercute sans fin sur les rochers. Tout de suite, il se met à la place du petit. Il doit être effrayé et sans doute même terrorisé par ce grondement ininterrompu où l'on peine à en reconnaître le sens ! André retourne dans le bois, avançant jusqu'à ce que le tumulte s'amenuise.
Le silence reprend ses droits. Enfin pas un silence total : un trottinement discret à gauche, le doux gazouillis d'un ruisseau qui court sous la neige et, soudain, comme une étoffe de velours froissée, le passage d'une chouette suivi d'un hululement de dépit. Malgré la situation dramatique, André sourit. La nature a toujours ce pouvoir d'apaisement. Les nuages s'écartent, la neige s'arrête et un quartier de lune argenté révèle la beauté du paysage et, surtout, une petite moufle bleue près du grand houx couvert de baies. Pourvu que Julien n'en ait pas mangé ! Sans bouger, André explore du regard le sol, les replis du terrain, les cachettes possibles... Un écureuil descend au sol et examine la moufle, la goûte.

Une exclamation enfantine sort de derrière un sapin : ''C'est à moi, rends la moi !''. En trois bonds, l'écureuil est hors de portée et, comme un lutin de Noël, Julien se précipite récupérer son bien.
André est si heureux qu'il a envie de crier de soulagement mais il se retient et se contente de proposer calmement : ''On rentre au village ? Ta maman te cherche partout.'' L'enfant connaît André, moniteur de ski en saison et menuisier le reste de l'année, il lui tend sa main en demandant piteusement : ''Je vais me faire gronder ?'', ''Ca je ne sais pas''. André téléphone immédiatement au maire puis portant le jeune garçon rentre au village le plus vite possible !

Les cris d'appel se sont tus et maintenant ce sont les cloches qui tintinnabulent joyeusement le long de la vallée !

2018-12-15