De l'influence du 3

Toute ma vie, j'ai été poursuivi par le chiffre trois. Déjà nous étions une fratrie de trois et mon père râlait en permanence contre ce qu'il appelait cet espèce de ménage à trois pare que mon oncle, Blaise, vivait avec nous. Vous l'aurez compris : c'était le frère de ma mère. Nous on l'aimait bien. Il avait l'intelligence d'un enfant de trois ans, la gentillesse aussi. Qu'est-ce qu'on lui a fait faire comme bêtises ! Quand mon père nous a quitté pour s'installer à Troyes avec une autre femme, nous avon dû déménager dans un appartement au troisième étage dans la cité du trident. Bien qu'il y ait trois chambres, je partageais la mienne avec Blaise et mon frère. Maman et Camille dormaient dans l'autre, la troisième servait d'atelier à maman qui y faisait les trois-huit ! Il faut dire que mon père ne payait la pension qu'une fois sur trois et encore pas des sommes mirobolantes : trois francs six sous comme se plaignait ma mère.
Dans ces conditions comment s'étonner que je me sois engagé dès que possible dans le troisième régiment d'infanterie pour un contrat de trois ans. Après trois mois de classes assez terribles, je fus envoyé à l'étranger en mission de surveillance. Toujours par groupe de trois nous effectuions des patrouilles alternativement en ville ou à la frontière. La ville était plus calme mais impossible de tirer au flanc. La frontière présentait plus de risques mais nous pouvions somnoler dans les rochers. Nous avions fini par sympathiser avec quelques trafiquants, connu sous le nom de la Triade. Nous les laissions passer et, toujours, de la cargaison, tombaient deux ou trois colis remplis de denrées rares : alcool, tabac, médicaments, autres... Hélas, nous nous sommes faits prendre, un trois mars, je m'en souviens. Et j'en ai pris pour trois ans ! Quand je suis sorti, on m'a proposé de rempiler pour effacer l'ardoise : j'ai accepté. Du coup j'ai quitté l'armée à trente trois ans avec un casier vierge.
La société civile respecte les anciens soldats et j'ai vite trouvé un emploi de vigile, trois jours par semaine. Les autres jours, j'avais mes habitudes et, il faut bien le dire mes petits trafics. J'ai trouvé une coloc à trois. Les deux autres locataires, des étudiants, changeaient chaque année. Et puis, une année, ce sont des filles qui ont emménagé et croyez-le ou non elles me faisaient du gringue toutes les deux ! Je me suis donc retrouvé dans ménage à trois, ça m'a rappelé mon père ! Bon, quand elles s'en sont aperçu, elles m'ont traité de tous les noms et sont parties. J'en avais ma claque de la coloc, j'ai gardé le logement pour moi tout seul. Trois mois plus tard, l'une des deux filles revenait, enceinte jusqu'aux yeux. Avec l'âge, j'avais envie d'être père, je l'ai reprise, et devinez quoi ?
Elle vient d'accoucher de triplés !

2018-06-24